Formulaire U1 / PDU1 : le guide complet pour l’expatrié qui rentre en France

En bref : Le formulaire U1 (appelé PDU1 au Royaume-Uni) est le document qui permet à France Travail de prendre en compte vos années de cotisations à l’étranger pour calculer la durée de vos droits au chômage. Mais attention : il ne détermine pas le montant de votre allocation — c’est votre dernier salaire français qui le fait. C’est là que se joue toute la stratégie.

Cet article est basé notamment sur une expérience terrain directe — dont plusieurs mois d’attente du document depuis le Royaume-Uni.


Ce que ce guide couvre

Cet article s’adresse à l’expatrié sous contrat local à l’étranger — UK, République Tchèque, Allemagne ou autre — dont le contrat français est suspendu pendant la mission. Il ne concerne pas les détachés (dont les cotisations restent françaises).

Vous trouverez ici :

  • Ce qu’est le U1 / PDU1 et à quoi il sert exactement
  • Pourquoi France Travail ne vous le transmet pas
  • À qui s’adresser et quels délais attendre selon votre pays de départ
  • Comment l’obtenir vous-même auprès de HMRC (UK) — le cas le plus complexe
  • Trois scénarios chiffrés avec simulation ARE complète
  • La stratégie de négociation du salaire de retour

Avertissement : Ce guide est un outil d’information. Il ne constitue pas un conseil juridique. Pour toute situation complexe, consultez un avocat spécialisé en droit du travail international.


C’est quoi le formulaire U1 / PDU1 ?

Le formulaire U1 (anciennement E301) est une attestation européenne des périodes d’assurance chômage. Il certifie les périodes de travail et de cotisations accomplies dans un autre État membre de l’UE. Il est émis par l’organisme de l’emploi du pays dans lequel vous avez travaillé, et récapitule vos périodes de travail, la raison de rupture du contrat, et vos cotisations versées au système local.

Au Royaume-Uni, ce document s’appelle PDU1 (Portable Document U1) ou porte la référence formulaire CA3916. Il est délivré par l’HMRC (HM Revenue & Customs).

Ce qu’il fait — et ce qu’il ne fait pas

Le U1 détermine combien de temps vous serez indemnisé. Il permet à France Travail d’agréger vos périodes de travail à l’étranger à vos périodes françaises pour calculer la durée totale de vos droits.

Il ne sert pas à calculer le montant de votre allocation. Ce montant dépend exclusivement de votre dernier salaire perçu en France. C’est la distinction la plus importante — et la plus souvent mal comprise. Un seul jours de travail en France est suffisant pour calculer votre ARE; attention cette règle est d’ailleurs sur le point de changer : consultez notre article sur la réforme européenne à venir pour anticiper les nouvelles conditions.

Quand peut-on le demander ?

Le U1 / PDU1 ne peut être demandé qu’après la rupture effective du contrat local. Sans rupture, l’organisme local n’a rien à documenter. La demande nécessite le motif officiel de rupture — il faut la faire dans les jours qui suivent la fin du contrat, pas avant.


Le problème : France Travail ne vous donnera pas votre U1 directement

Beaucoup d’expatriés arrivent au guichet de France Travail en pensant que l’administration va se charger de récupérer le document auprès du pays d’origine. C’est une erreur.

Le U1 est un document inter-administratif informatisé. France Travail peut en faire la demande via le système européen EESSI (Échange Électronique d’Informations de Sécurité Sociale), mais le document ne vous sera pas transmis directement. Vous n’y aurez pas accès pour en assurer le suivi.

La solution : faire la demande vous-même, directement auprès de l’organisme étranger, en parallèle de la démarche EESSI de France Travail.

À qui s’adresser selon votre pays, et délais réels constatés

Ne contactez pas l’Urssaf pour le U1 — ce n’est pas l’organisme compétent. C’est l’organisme de l’emploi du pays d’accueil qui délivre le document.

Pays Organisme Site Délai terrain réel
République Tchèque Úřad práce uradprace.cz ~1 mois
Allemagne Bundesagentur für Arbeit arbeitsagentur.de 3-6 semaines
Belgique ONEM / RVA onem.be 4-8 semaines
Espagne SEPE sepe.es 6-12 semaines
Suisse Caisse de chômage cantonale ch.ch/chomage variable selon canton
Royaume-Uni HMRC hmrc.gov.uk 6 à 9 mois

Le Royaume-Uni est nettement le cas le plus long et le plus complexe — la section suivante lui est dédiée en détail.

La double démarche — le conseil terrain le plus important

Quel que soit votre pays de départ, faites deux démarches en parallèle dès la rupture du contrat :

  1. Contactez l’organisme local pour demander le U1 / PDU1
  2. Contactez France Travail International, qui peut faire la demande inter-administration directement via EESSI :

Si vous avez oublié de faire la démarche avant de partir, France Travail International peut initier la demande après votre retour — inscrivez-vous à France Travail le plus rapidement possible et appelez-les dès votre inscription.


Comment obtenir votre PDU1 auprès de HMRC (UK)

Le Royaume-Uni méritant une attention particulière au vu des délais, voici la procédure détaillée.

Documents à préparer avant la fin du contrat

  • National Insurance Number (NI Number)
  • P60 de chaque année fiscale (exercice d’avril à avril)
  • P45 du dernier employeur
  • Historique des cotisations NI (NI contributions history — consultable sur votre compte Government Gateway)
  • Bulletins de salaire sur toute la période
  • Lettre de fin de contrat avec motif officiel

Les canaux de demande

En ligne (recommandé) : via votre compte Government Gateway sur le site officiel GOV.UK. Formulaire CA3916 à remplir en ligne. Délai de traitement généralement plus rapide que le courrier.

Par téléphone : HMRC International, +44 300 200 3500, lundi au vendredi 8h–18h (heure UK).

Par courrier : formulaire CA3916 téléchargeable sur GOV.UK, à envoyer en recommandé à l’adresse indiquée sur le formulaire.

Comment limiter la casse sur le délai

  • Rassembler tous les documents avant la fin du contrat
  • Faire la demande en ligne via le portail Government Gateway — c’est le canal le plus rapide
  • Relancer toutes les 4 à 6 semaines
  • Envoyer un email de suivi 2 mois après la demande initiale
  • En cas de blocage après 6 mois : saisine de l’Adjudicator’s Office (médiateur HMRC)

Un point souvent ignoré sur le motif de rupture

Le motif de fin de contrat au UK doit être cohérent avec votre dossier France Travail. Une démission (resignation) au UK peut compliquer l’ouverture des droits en France. Si vous êtes dans une situation de rupture négociée (mutual agreement), faites-le formaliser correctement dans les documents de fin de contrat.


Le cadre juridique : votre levier de négociation

Le contrat suspendu, pas rompu

La distinction fondamentale de l’expatriation (hors détachement) : votre contrat français n’est pas rompu pendant la mission. Il est suspendu. Vous conservez un lien juridique avec votre employeur d’origine.

C’est ce qui fonde votre droit au retour — et votre levier de négociation.

L’article L.1231-5 du Code du travail

Lorsqu’un employeur a envoyé un salarié travailler à l’étranger, il doit, en cas de licenciement, le rapatrier et assurer les frais de retour (article L.1231-5 du Code du travail).

En pratique, cette protection s’applique aux expatriés dont le contrat français est suspendu et dont l’employeur est une société française ou une filiale d’un groupe français. Elle est plus limitée pour les contrats purement locaux sans lien avec une maison-mère française.

Ce que ça signifie concrètement : vous avez un droit au retour. Ce droit peut être utilisé comme point d’entrée dans la négociation des conditions de ce retour.


Les 3 scénarios chiffrés

Pour illustrer l’impact financier des différentes approches, prenons un cas concret : un cadre ayant travaillé 5 ans au Royaume-Uni avec un salaire de 70 000 € brut annuel, qui rentre en France.

Les calculs ARE ci-dessous sont établis sur la base des règles 2026 :

  • SJR = salaire brut de référence ÷ nombre de jours de la période
  • ARE journalière = 57% du SJR (formule la plus favorable pour les hauts salaires)
  • Plafond : 75% du SJR
  • Dégressivité de 30% à partir du 7e mois pour les SJR supérieurs à ~162 €/jour
  • Durée maximale d’indemnisation pour une rupture conventionnelle : 15 mois
  • Tous les montants sont exprimés en net avant impôt sur le revenu

Ces chiffres sont fournis à titre indicatif. France Travail recalcule chaque situation individuellement. Utilisez le simulateur officiel sur francetravail.fr pour votre cas personnel.


Scénario 1 — Le retour sans préparation

Situation : la personne rentre en France sans emploi, sans avoir négocié de réintégration. Elle n’a travaillé aucun jour en France depuis son départ.

Conséquences :

  • Chômage ARE : 0 €. Sans avoir travaillé au moins une journée en France, France Travail n’est pas compétente pour ouvrir des droits. Le PDU1 ne suffit pas seul.
  • Sécurité sociale : carence de 3 mois sans couverture maladie au retour (délai de réaffiliation CPAM en l’absence d’activité récente en France).
  • Les 5 ans de cotisations UK : ils servent uniquement à alimenter le dossier une fois France Travail compétente. Ils ne déclenchent rien par eux-mêmes.
  • Trésorerie nécessaire : prévoir au minimum 6 000 € pour couvrir les frais de vie pendant la période sans revenus et sans couverture.

Résultat ARE : 0 € sur toute la période critique.


Scénario 2 — La réintégration avec premier job alimentaire

Situation : la personne accepte une mission d’intérim à 2 000 € brut/mois pendant 1 mois pour déclencher ses droits France Travail. Elle transmet ensuite son PDU1.

Calcul du SJR :

  • Salaire brut de référence : 2 000 €
  • SJR = 2 000 € ÷ 30 = 66,67 €/jour
  • SJR inférieur au seuil de dégressivité (162 €/jour) → pas de dégressivité

Calcul de l’ARE journalière :

  • Formule 1 : 57% × 66,67 € = 38,00 €/jour
  • Formule 2 : 40,4% × 66,67 € + 13,18 € = 40,11 €/jour
  • France Travail retient la plus élevée : 40,11 €/jour

ARE mensuelle brute : 40,11 € × 30 = 1 203 €/mois

Net avant IR (après CSG/CRDS ~6,7%) : ≈ 1 123 €/mois

Durée : jusqu’à 15 mois (les 5 ans UK via PDU1 permettent d’atteindre le plafond de durée)

Total net avant IR sur 15 mois : ≈ 16 845 €

Ce que ce scénario apporte : travailler même 1 ou 2 jours en France suffit à déclencher la réaffiliation à la CPAM — la carence de 3 mois est levée immédiatement.

La limite : les 5 ans de cotisations UK donnent la durée maximale via le PDU1, mais le montant mensuel reste calculé sur 2 000 €/mois — pas sur les 70 000 €/an UK. La durée est là, le montant ne suit pas.


Scénario 3 — La négociation du salaire de retour

Situation : avant le départ en expatriation, la personne a négocié une clause de retour prévoyant le maintien de son salaire expatrié (70 000 € brut annuel) pendant au moins 1 à 2 mois à son retour, avant une rupture conventionnelle.

Elle travaille donc 2 mois en France à ce salaire. La rupture conventionnelle est ensuite signée.

Calcul du SJR :

  • Salaire mensuel brut : 70 000 € ÷ 12 = 5 833 €
  • SJR = 5 833 € ÷ 30 = 194,44 €/jour
  • SJR supérieur au seuil de dégressivité (162 €/jour) → dégressivité applicable à partir du 7e mois

ARE journalière brute (mois 1 à 6) :

  • Formule retenue (57%) : 57% × 194,44 € = 110,83 €/jour
  • ARE mensuelle brute : 110,83 € × 30 = 3 325 €/mois
  • Net avant IR (après CSG/CRDS) : ≈ 3 103 €/mois

ARE journalière brute (mois 7 à 15) — dégressivité de 30% :

  • 110,83 € × 70% = 77,58 €/jour
  • ARE mensuelle brute : 77,58 € × 30 = 2 327 €/mois
  • Net avant IR : ≈ 2 171 €/mois

Total net avant IR sur 15 mois :

  • 6 mois × 3 103 € = 18 618 €
  • 9 mois × 2 171 € = 19 539 €
  • Total : ≈ 38 157 €

Tableau comparatif

Scénario ARE mensuelle (mois 1-6) ARE mensuelle (mois 7-15) Total 15 mois (net avant IR)
Sans préparation 0 € 0 € 0 €
Job alimentaire 2 000 €/mois 1 123 € 1 123 € ≈ 16 845 €
Maintien salaire 70k€ 3 103 € 2 171 € ≈ 38 157 €

Écart entre scénario 2 et scénario 3 : +21 312 € net avant IR sur 15 mois. C’est l’impact financier direct d’une clause négociée avant le départ en expatriation.


Comment négocier le maintien du salaire au retour

Quand négocier ?

Le meilleur moment est avant le départ en expatriation, lorsque l’employeur a le plus intérêt à vous conserver et à finaliser les conditions de la mission. Une fois à l’étranger, la marge de manœuvre se réduit.

Ce que doit prévoir l’avenant de retour

  • Clause de suspension (et non de rupture) du contrat français pendant la mission
  • Clause de rapatriement avec maintien du salaire d’expatriation pendant une période définie (1 à 2 mois minimum)
  • Conditions de la rupture à l’issue : rupture conventionnelle de préférence, avec les modalités précisées
  • Clause précisant que le salaire de réintégration ne peut être inférieur au salaire d’expatriation

L’argument à présenter à la DRH

La clause de réintégration protège les deux parties. Pour l’employeur, elle évite un contentieux prud’homal sur les conditions de retour — un risque réel et coûteux. Pour le salarié, elle sécurise une transition financière. Une période de 1 à 2 mois de transition à salaire maintenu, suivie d’une rupture conventionnelle, est souvent préférable pour l’employeur à une réintégration longue avec risque de litige.

Ce que ça coûte à l’employeur (base 70 000 € annuels)

Poste Montant estimé
Salaire brut 2 mois ~11 666 €
Charges patronales (~45%) ~5 250 €
Indemnité rupture conventionnelle variable — dépend de l’ancienneté totale France + pays d’accueil

L’indemnité de rupture conventionnelle est calculée sur l’ancienneté globale du salarié, périodes françaises et étrangères confondues. Ce montant est à établir au cas par cas avec les RH ou un conseil juridique.

En échange, l’employeur évite un contentieux dont le coût peut être bien supérieur, et bénéficie d’une passation sans rupture brutale.


Timeline du retour optimisé

6 mois avant le retour

  • Relire le contrat initial et tous les avenants pour identifier les clauses de suspension et de rapatriement
  • Préparer la demande de négociation avec un chiffrage clair
  • Rassembler tous les documents nécessaires pour le U1 / PDU1 selon votre pays

3 mois avant le retour

  • Négocier avec la DRH les conditions de retour et rédiger l’avenant
  • Préparer les documents pour l’organisme local (P45/P60/NI history pour le UK, équivalents pour les autres pays)
  • Anticiper la réaffiliation CPAM au retour

Dernière semaine dans le pays d’accueil

  • Récupérer les documents de fin de contrat avec motif officiel

Dans les jours suivant la fin du contrat

  • Faire la demande U1 / PDU1 auprès de l’organisme local compétent
  • Parallèlement, signaler la situation à France Travail International pour ouverture de dossier anticipé

Dès le retour en France

  • Réintégration dans le poste avec salaire maintenu
  • Démarches CPAM pour réaffiliation

Après la période de maintien de salaire

  • Signature de la rupture conventionnelle
  • Ouverture des droits ARE avec France Travail
  • Transmission du U1 / PDU1 dès réception pour agrégation des périodes à l’étranger

Les 7 règles d’or à retenir

  1. Demandez le U1 / PDU1 dès la rupture effective du contrat
  2. Double démarche systématique : organisme local + France Travail International
  3. Ne contactez pas l’Urssaf pour cette démarche
  4. Prévoyez de 1 mois à 9 mois de délai selon le pays de départ
  5. Relancez régulièrement, surtout pour le Royaume-Uni
  6. Constituez une trésorerie de sécurité en cas de retour sans emploi immédiat
  7. Si vous avez oublié la démarche avant de partir, France Travail International peut l’initier après votre retour

Questions fréquentes

Le U1 sert-il à calculer le montant de l’ARE ? Non. Il détermine uniquement la durée d’indemnisation (en agrégeant les périodes de travail à l’étranger). Le montant est calculé sur le dernier salaire perçu en France.

Peut-on demander le U1 / PDU1 avant la fin du contrat ? Non. La demande nécessite le motif officiel de fin de contrat, qui n’est connu qu’à la clôture du dossier.

France Travail peut-il faire la demande à ma place ? Oui, via le système EESSI. Mais vous n’aurez pas accès au document directement. Il est conseillé de faire les deux démarches en parallèle.

Les délais sont-ils les mêmes pour tous les pays ? Non, ils varient fortement — de quelques semaines (Tchéquie, Allemagne) à plusieurs mois (Royaume-Uni en particulier). Voir le tableau plus haut pour les délais terrain constatés par pays.

La rupture conventionnelle est-elle toujours possible au retour d’expatriation ? Oui. Elle reste un mode de rupture parfaitement légal. La durée maximale d’indemnisation est de 15 mois pour la majorité des profils (réforme 2023), avec des exceptions pour les plus de 55 ans et certains cas particuliers (DOM-TOM, etc.).

Le contrat français est-il rompu pendant l’expatriation ? Non dans la majorité des cas. Il est suspendu. C’est ce qui fonde le droit au retour et la négociation des conditions de réintégration.


Sources officielles

Droit français

Administrations

Sur ce site


Cet article fait partie de la série sur les droits sociaux de l’expatrié. Pour aller plus loin sur la négociation du package complet, consultez nos guides Phase 1, 2 et 3.